<
Lentement je marche sur ce sol si familier, je respire cette odeur si rassurante, une sensation de sérénité et d'excitation m'envahit.
Je suis à la salle de danse du lycée. Située à côté du terrain de basket aussi utilisé comme gymnase. Voyez vous la raison pour laquelle je viens malgré tout chaque jour où je le dois dans ce lycée, c'est parce qu'il est particulier. Il est divisé en plusieurs sections. Certains élèves n'y font rien de spécial, mais dans d'autres de futurs génies et grands talents s'y développent. Cet endroit est d'ailleurs assez connu pour ça. Il y a une section informatique par exemple, une section genre expériences chimiques, littérature et etc, et puis entre autres, la section "arts de la scène": chant, danse, comédie, musique...Et ici c'est donc la salle de danse, parfois utilisée également pour chanter.
Quelques élèves sont déjà là. Naturellement les cours sont assez tard en semaine étant donné que nous avons autant d'heures de cours normal que n'importe quel autre lycéen. J'ai un cours de danse de deux heures le lundi, le mardi, le jeudi et le vendredi. Le mercredi après-midi, un cours de trois heures. Le samedi pas de cours bien qu'il soit la plupart du temps occupé par la préparation d'un spectacle.
Mais laissons toutes ces futilités pour plus tard. Car c'est maintenant mon moment, celui qui fait que je n'ai pas à soupirer d'une horrible journée, à pleurer de la méchanceté. Celui qui me permet de me libérer, de m'emmener loin de ces gens que je déteste.
Mlle Milian vient d'entrer. Elle a débarqué au lycée l'année dernière. Je l'ai tout de suite adorée, elle seule peut comprendre ce besoin que j'ai de danser.Mlle Milian: Bonjour. On va s'échauffer pendant une dizaine de minutes, comme d'habitude. Ensuite on verra.
Certains hochent la tête et d'autres commencent les étirements.
Un bruit violent retentit dans la salle. Tout le monde se retourne brusquement.
Rébecca: Excusez-moi. Désolé d'être en retard.
J'écarquille les yeux, surprise (mais que fait-elle là?), hésitant encore entre un sourire ou une grimace.
Tandis ce que je débat intérieurement, une scène des plus étranges se déroule devant moi.
Lucas: Hé ! Rébecca. Ca va ?
Elle passe à côté de lui en l'ignorant et il lui prend le bras.
Lucas: Qu'est-ce qui te prend ?
Rébecca {d'un ton sec}: Lâche-moi Lucas. Tout de suite ! {Il relâche son bras} Tu me dégoûtes !
Il la regarde, ahuri, s'éloigner et venir vers moi.
Rébecca {un grand sourire aux lèvres}: Salut.
Moi: Salut. Je savais pas que t'avais les mêmes cours que moi.
Rébecca: Ils m'ont enfin transférés dans la section "arts de la scène". Dommage que mon crétin de cousin y soit aussi. D'ailleurs pourquoi il est là ?
Moi: Il veut être acteur.
Rébecca: Quel idiot !
Je la dévisage, perplexe.
Moi: Je croyais que tu l'adorais.
Rébecca {en haussant les épaules}: Autrefois.
Mlle Milian: Dîtes les filles, vous pouvez vous étirer en plus de papoter. Ce serait bien non ?
Rébecca et moi acquiesçons en silence.
Moi: Comment ça autrefois ?
Rébecca: Avant que j'apprenne quelque chose.
Moi, je n'ai pas la courage de lui avouer qu'elle est ma place dans ce lycée. Ou que je suis la fille à éviter. Et pourtant, ça me fera moins de mal si elle me laisse tomber maintenant. Il faut que je lui dise. Que je lui dise, non pas la vérité, que je n'ai rien fait, mais ce que tout le monde dit ici: des mensonges éhontés sans limites.
Moi: Tu sais, Rébecca, je ne sais pas si tu l'as compris, depuis la dernière fois, mais je ne suis pas vraiment populaire ici. {Elle se relève soudainement, me fixe, attendant mes explications} Disons que je suis l'ennemie publique n°1. Les gens me détestent et moi, je m'en fiche. Les raisons pour lesquelles on me déteste, sont assez vagues, mais tu peux demander à n'importe qui, ils t'en diront.
Elle continue de me fixer et je décide d'affronter son regard. Au bout de quelques secondes, elle me sourit à nouveau, comme quand on s'est vues pour la première fois.
Rébecca: Je sais exactement ce qui s'est passé.
Moi: Ah bon ? Exactement ?
Rébecca: Oui, et je te trouve juste plus géniale.(Elle me trouve géniale ?)
Moi: Mais qui t'as raconté ?
Rébecca: Une source sure. Et c'est pour ça que je ne sais pas si je serai un jour capable d'adresser à nouveau la parole à mon cousin.
Moi: Tu veux dire que tu...tu es de mon côté ?
Elle me répond par un autre sourire, tellement sincère qu'il me déroute légèrement.
Rébecca: Sinon, j'ai entendu dire que ta passion, c'était la danse.
Moi: Euh...oui.
Rébecca: J'ai hâte de te voir. Je m'attend à quelque chose...d'incomparable.
Je réalise alors que j'ai assez confiance en cette inconnue, que j'ai l'impression d'avoir toujours connue. Assez confiance pour lui montrer qui je suis vraiment, assez confiance pour arrêter d'être en retrait.
Moi: Tu vois cette salle...et bien, c'est l'endroit où je me sens le mieux, c'est mon monde. Le seul où j'ai la sensation de flotter et d'être plus légère que nul part ailleurs. Comme si j'étais persuadée que ici, rien ne peux m'arriver. {Je rêvasse quelques secondes et revient à le réalité} Au fait pourquoi t'es dans cette section ?
Rébecca: Musique. {En devinant la question qui allait suivre} Piano surtout, pas mal de guitare et puis sinon j'ai touché à un peu de tout: violon, batterie, flûtes...
Mlle Milian: Bon tout le monde, vous vous êtes assez échauffés. Aujourd'hui..aujourd'hui, improvisation. Je vous met une musique, dans un style assez contemporain, rythmé, mais ça peut être n'importe laquelle. Bon, on va commencer avec...Marie Connors.
Marie Connors, surement la fille la plus débile de la terre.
Bien qu'elle soit, comme je viens de le dire, complètement stupide, Marie se débrouille assez bien en danse. Et je suis sure que si elle ne pensait pas que les gens me détestent parce que j'ai piqué sa barre de chocolat à Brooke (Ai-je dit qu'elle était stupide ?), je suis sure qu'on pourrait s'entendre. La chansons démarre, je la connais, une mélodie au tempo rapide, sans paroles. Pas mal. Marie s'en sort bien. Elle reprend quelques éléments chorégraphiés du dernier spectacle. Elle semble cependant manquer d'inspiration.
Quelques minutes plus tard.
Mlle Milian: Bien. C'était vraiment pas mal Marie. Maintenant...à Morgane.
Je me lève, pour une fois on ne me siffle pas, tout le monde attend patiemment que je foire. Depuis le début, on ne m'a jamais vue seule. Alors, je vais faire ce que je fais toujours, seule ou pas, je vais exceller et je vais m'amuser. Je n'ai rien à prouver. Mais quel bonus de voir leurs visages décomposés !
La musique commence. No sleep tonight. Je la connais. Et je ne vous avouerai pas combien de fois j'ai dansé comme une folle dessus. Je me place devant tout le monde, attend un peu, et me laisse emporter par ce son délirant. Je ne saurai vous décrire exactement ce que je fais. Je saute, bouge, enchaîne les pas. Je ne peux m'empêcher de sourire. Je m'approche quelques fois de Rébecca, comme si un contact unique nous liait. Puis la chanson s'arrête. Je me rassois, essoufflée devant une assemblée stupéfaite. Mlle Milian: Très bien Morgane. Tu t'es vraiment lâchée. {J'échappe un soupir en riant}
Rébecca: C'était...vraiment génial. Je n'ai jamais vu personne danser comme toi.
Moi: J'étais vraiment bien ? Bon, là j'ai fait des trucs moins techniques tu vois, mais c'était...défoulant.
Alors qu'on discute de ma prestation, Lucas se rapproche de nous.
Lucas: Qu'est-ce qui se passe Rébecca ? {Il m'accorde un regard assez incongru et revient sur elle}
Rébecca: Ben, il se passe rien. Alors ça va ?
Lucas: Tu te fiches de moi ? Tout à l'heure tu me dis que je te dégoûtes et là tu fais comme si de rien n'était ?
Rébecca {ignorant sa remarque}: Alors, comment t'as trouvé la danse de Morgane ?
Lucas {visiblement décontenancé}: Quoi ? Euh...c'était bien. C'était bien...
Mlle Milian: Bon, maintenant qu'on a vu quelques personnes, on va former de nouveaux groupes pour la prochaine chorée. Alors relevez-vous.
Tout le monde s'exécute. Lucas s'éloigne.
Moi: Tu peux m'expliquer ce qui s'est passé là ?
Rébecca: Je trouve toujours que mon cousin n'est qu'un gros lâche t'inquiètes pas.
Moi: Mais je ne m'inquiète pas, je veux juste comprendre ton petit jeu.
Rébecca: Quelques données ont changées.
Moi: Quelles données ?
Rébecca: La façon dont il te regarde. Si tu savais...quand tu danses surtout...
Moi: Je le sais.
Elle tourne vivement la tête et m'observe, incrédule.
Rébecca: Comment ça tu le sais ? Et ça ne te fais rien ?
Moi: Ça ne veut rien dire.
Rébecca: Bien sur que si.
Moi: OK, mais moi, ça fait un moment que j'ai décidé que je ne ferai plus attention à tout ça. Parce que regardons la réalité en face. Il m'a plaqué, non-officiellement, pour ma meilleure amie, m'a ignorée du jour au lendemain et paraît toujours gêné en ma présence.
Elle pousse un profond soupir et la prof nous rappelle qu'il faut former les groupes.
Mais moi je suis bien embêtée, entre une nouvelle amie un peu trop proche de mon ex, cet ex justement qui devrait arrêter d'oublier ce qu'il m'a fait, une source sure toujours incognito et une masse d'imbéciles qui me côtoie. Mais je vous l'ai dit, je suis quelqu'un de positif avant tout, les malheurs de la vie ne m'atteindront pas.
Enfin pas tout de suite. Parce que c'est mon monde ici, ma vie, et que je sais qu'elle ne se limitera jamais qu'à ce lycée, je sais que j'aimerai toujours danser. >